Le Blanc qui s'était fait nègre

Un homme blanc pénètre dans la brousse africaine dans l'espoir
de rencontrer un autre Blanc, que le «continent mystérieux» a
conquis depuis plusieurs années. Dr. Livingstone, I presume ? Non,
ce n'est pas H. M. Stanley ; ce n'est pas non plus Marlow chargé de
retrouver Kurtz gagné par les ténèbres. C'est un narrateur innommé
qui part à la recherche d'un Blanc... qui s'était fait nègre.
On connaît l'auteur de Crin blanc et d'autres romans pour la
jeunesse. On connaît moins la production de Guillot de l'avant-guerre,
et notamment ce roman, paru en 1932 pour la première
fois, qui peut être tenu pour l'une des premières re-modulations
françaises de la matrice stanleyienne et conradienne. Et si c'est bien
un voyage qui nous est raconté, il se déroule moins dans une contrée
étrangère que dans les méandres d'une conscience ou qu'à travers
une série de références littéraires (Conrad mais aussi Flaubert et
Coleridge) qui constituent une première, incontournable forme
d'altérité avec laquelle la narration se confronte.
«Barail avait tout donné. Il était le plus misérable de tous ses nègres. Mais ce gueux
qui n'avait plus rien, et qui, comme tous, crevait de misère, possédait la parole.»
René Guillot, Le Blanc qui s'était fait nègre
«"Nous" se définit par "eux" ; sans eux nous ne sommes pas.»
Alexis Jenni, L'Art français de la guerre