Portraits de l'exil : Paris-New York : dans le sillage d'Hannah Arendt

À l'occasion de la toute première exposition des
photographies de Fred Stein dans un musée français,
ce catalogue présente les portraits d'une centaine
d'intellectuels, d'artistes, de scientifiques, d'hommes
politiques ayant vécu pour la plupart un double exil
entre 1933 et 1942 : contraints à l'exode, ils ont d'abord
fui l'Allemagne nazie, puis l'Europe en guerre.
Des clichés réalisés par un homme lui-même victime
et témoin de ces départs forcés, et qui a découvert la
photographie à Paris. Ou plutôt que la photographie a
choisi : ayant reçu comme cadeau de mariage un Leica
en 1933, Fred Stein s'est mis à arpenter tous les
quartiers de Paris pour devenir un reporter des rues.
« Le Leica m'a enseigné la photographie », disait-il.
Cet ami de Robert Capa et de Gerda Taro - qu'il est le
seul à avoir immortalisés ensemble à la terrasse d'un
café - a exposé aux côtés des plus grands photographes
d'avant-garde : Brassaï, Cartier-Bresson, Man Ray,
Dora Maar, André Kertész... dans la célèbre galerie de
la Pléiade en 1935-1937.
Fred Stein fréquentait le milieu des réfugiés et celui
de l'intelligentsia française, qui combattaient pour la
dignité, la liberté de penser, la liberté de créer. Ses
premiers portraits sont ceux d'André Malraux, de Willy
Brandt, d'Arthur Koestler... Il en réalisera ensuite plus
d'un millier à Paris et à New York, quasiment inédits en
France jusqu'à aujourd'hui.
Son oeuvre est un magnifique témoignage non
seulement de la vie intellectuelle pendant les années
sombres de l'avant-guerre à Paris, mais également de
la migration des plus grands esprits vers l'Amérique, de
la force de l'histoire et de la résistance humaine.
Voici enfin l'occasion de découvrir la vie étonnante et
ignorée d'un photographe aussi érudit qu'humaniste,
et les secrets de son métier. Fred Stein portait un réel
intérêt à ses modèles, aussi curieux d'engager de
longues discussions avec eux que de les saisir, avec son
appareil, à la seconde où ils se détendaient et, oubliant
l'objectif, se révélaient. D'où ces clichés d'un grand
naturel et d'une qualité remarquable.