La machine du docteur Wittgenstein : théâtre

«Cela fait si longtemps que je dessine cette machine et
maintenant, enfin, c'est le moment de la construire. Une
sorte de machine à laver. Vous connaissez les machines à
laver ? Celle-ci est une machine à laver les mots. Comme
il y a des machines à laver les vêtements, il y aura aussi
cette machine à laver les paroles pour écarter la douleur
causée par la confusion du langage. (...)
La science est une idée avec une logique efficace qui la
soutient, mais la pensée... la pensée nous brûle et nous
embrase comme une forêt. Nous aspirons à la connaissance
parce que nous aspirons à l'amour et l'amour est un
chaos nécessaire.
Il me fallait donc recommencer et chercher dans une
autre direction. C'est ce que j'ai fait pendant ces années.
J'ai cherché sans fin, il me fallait aller loin, encore plus
loin, car il ne peut pas y avoir de transformation de la vie
sans une profonde révolution de la grammaire. Nous
sommes piégés dans une morale assassine. Tuer dans une
guerre n'est pas un assassinat, mais un acte d'héroïsme,
une médaille glorieuse...
Il nous faut détruire l'imposture, l'ordre apparent du langage
et du monde, la grande mascarade, révéler le chaos,
la multiplicité infinie de l'amour et des langages qui
vivent en nous, tous les ressorts occultes...»