Lou sermou dal curat de Cucugna

Monsieur l'abbé Marty, curé de Cucugnan,
Était bon comme le bon pain,
Et tout le monde l'adorait.
Quand un paroissien récoltait
Au jardin, au champ, quelque bonne chose,
Vite, vite, un présent à Monsieur le Curé !
Au temps des porcs, c'était une manne ;
Et sa servante, la Marianne,
Qui n'était pas deux fois gracieuse,
En voyant filets, saucissons,
Lui arriver en avalanches,
S'esclaffait de rire comme une folle.
Et pourtant l'excellent curé,
Tant aimé, tant honoré
De son petit troupeau,
Avait son âme tourmentée.
Croyez que ce n'était pas sans raison,
Car, le dimanche, à son sermon
Peu de fidèles assistaient,
Et les plus exacts y ronflaient.
Le pauvre abbé, la lame à l'oeil,
Disait souvent à son bedeau,
Homme brusque, qui avait fait la guerre :
Ce serait le paradis sur terre,
Cucugnan, si mes ouailles
Étaient un tantinet plus dévotes !
Mes frères, je tous le dis en vérité, et bien en vérité : pauvres s'enrichiront, et riches s'appauvriront, si riches sont sourds et si pauvres m'entendent.
J. Roumanille.