Chimères, n° 70

Chimères
été 2009 n° 70
Dédans (...) dehors |
Le dedans ce serait l'ordre, le contrôle et l'autocontrôle social, la négation permanente de la transversalité des sujets, la police qui découpe, distribue, divise, sépare, le roman noir de l'obéissance pour lequel chacun, Nous ou Je, ne doit jamais parler que de soi. Nul n'est plus inclus dans la violence du système que ceux que le pouvoir appelle les exclus.
- Aujourd'hui, enfin, Nous triomphons.
- Nous ? Qui est encore ce Nous ?
- Nous ! C'est-à-dire les meilleurs morceaux de chacun d'entre nous.
- Des morceaux, maintenant ? Et contre qui ces morceaux triomphent ?
- Contre les autres Nous.
- Encore des Nous ?
- Oui, les autres bouts de Nous, ceux qui sont contre Nous.
- Je ne comprends rien.
- Mais si ! Il faut apprendre à se couper en petits morceaux. De la même manière qu'ils Nous débitent par petits bouts.
- Je ne comprends rien.
- Arrête avec tes Je. Je n'existe plus.
- À vrai dire... il était temps.
Le dehors , ce n'est pas ce qui est hors les murs ou hors institution. Le dehors, ce n'est pas la rue, avec ses patrouilles de flics, ses contrôles au faciès, les banlieues que survolent les hélicoptères de surveillance.
Le dehors commence là où l'on commence à forer un angle mort dans le dedans, à se soustraire aux visages et aux figures de l'état des choses, de la dépolitique et de sa monoforme.
Le dehors, il faut le démultiplier sur nos lieux de vie, de travail, de jeu, d'amour, dans la rue, sans paradigme, sans point fixe.
Produire des pas de côté, rompre avec les assignations de l'ordre social, agir depuis d' autres gestes, d' autres actions, d' autres paroles, d' autres constellations, marcher pour créer d'autres sols pas à pas, d'autres possibles, d'autres combinatoires que celle de la négociation de nos vies, de nos désirs et de nos songes par les appareils - pour des états modifiés de la conscience et de l'action collective.