Europe, n° 1043. Guillaume Apollinaire

Apollinaire est désormais dans le domaine public, sur le plan juridique s'entend.
La vérité est qu'il l'était depuis longtemps dans la conscience de notre époque.
Il est de ceux qui ont ouvert les portes de la poésie moderne.
Au cours des dernières décennies, les investigations des chercheurs ont dissipé à son propos plusieurs légendes, levé certaines énigmes, éclairé d'un jour nouveau le prisme d'une existence fluctuante et trop brève, et d'une personnalité protéiforme, souvent insaisissable. Ce numéro d'Europe s'inscrit dans cette continuité.
Riche de contributions internationales et de substantiels inédits, il revient avec bonheur vers un immense poète qui n'aura eu de cesse de saisir les réalités les plus intenses et les plus foisonnantes de la vie.
Mieux situer l'aventure et la recherche d'Apollinaire, c'est aussi mieux comprendre le rôle qu'il a tenu et continue de tenir dans la poésie contemporaine. C'est pourquoi il importait de convier dans ces pages des poètes français et étrangers, d'hier et d'aujourd'hui, de César Vallejo à Antoine Emaz qui écrit : « Apollinaire a quelque chose d'un chat jouant dans le tuyau du vers régulier. Il expérimente, il s'amuse, puis redevient sérieux, ou pas. Poésie qui peut avoir l'allure du facile parce qu'elle n'est pas corsetée mais qui se révèle toute en tensions complexes entre le trivial et le savant, le populaire et le lettré, le sentimental et le cocasse, l'esthétisme et le vulgaire, la posture et le pied de nez... Impression qu'Apollinaire sourit toujours un peu quand il écrit, même lorsqu'il est provocateur ou en détresse d'aimer. [...] Et puis des vers magiques en mémoire : "Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire", "Faut-il qu'il m'en souvienne", "La ville cette nuit semblait un archipel"... Peut-être qu'un poète ne laisse rien de plus important derrière lui que cette petite musique unique qui ricoche, seule et commune à la fois, entre vie et langue. »