L'automne, déjà !

C'était l'adolescence, et c'était la lumière, celle qu'un Maroc
des années cinquante distribuait à profusion, tout comme il ouvrait
à qui voulait s'y aventurer, "les plages sans fin" dont parle
Rimbaud. Mais c'était aussi les ombres qui peuvent se mettre
comme des taches au coeur même du soleil lorsque celui-ci est
si violent qu'il empêche les coeurs de voir clair en eux-mêmes.
Beaucoup d'ombres circulent dans un grand parc où se donnent
des fêtes qui devraient être celles de l'insouciance. Quatre
d'entre elles se détachent, qui tissèrent des liens si complexes,
si enchevêtrés, que l'image du labyrinthe s'impose pour en
suggérer les méandres. Le narrateur reconstitue les étapes les
plus marquantes, les plus poignantes, aussi de ce dédale qui
l'aspira comme celles et celui avec lesquels il forma "en ce
temps-là", un quatuor électif au sein duquel régnait la confusion
des sentiments. La distance qu'apporte à l'homme vieillissant
le nombre des années tandis qu'il explore sa mémoire lui permet
d'intervenir à deux reprises pour se livrer à des bilans,
émettre des diagnostics, énoncer et dénoncer les pièges qu'il se
tendit à lui-même, les malentendus qu'il ne chercha pas à dissiper,
dénombrer les promesses non tenues, rechercher pourquoi
des amours qui promettaient d'être le rayon d'or de la
jeunesse se transformèrent en "amours crucifiés", retirer les
masques qui camouflaient les visages et les âmes...