Réfléchir l'Asie du Sud-Est : essai d'épistémologie

La science, en se spécialisant, est-elle devenue plus scientifique ?
Rend-elle mieux compte de l'ordre du monde ? Et un Parisien
professeur des universités est-il naturellement armé pour affronter
la réalité d'un village tausug de l'archipel des Sulu ?
Ce que l'on dit d'un objet ne repose pas exclusivement sur ce qu'il
est. En décrivant tout ou partie de l'Asie du Sud-Est, la science française
en donne, depuis plus d'un siècle, une image qui évolue au
rythme des chercheurs qui l'observent autant qu'à celui de la région.
La perception des «orientalistes» est fonction des présupposés
de leur civilisation et de leur époque. Ils ont été successivement
marqués par l'esprit des Lumières, par la colonisation, par le «tiers-mondisme»
et par la globalisation. Ils sont aussi en proie à de
grands questionnements épistémologiques que l'on pourrait qualifier
d'invariants : le rapport au temps et à l'espace ; la proximité à l'objet ;
les choix des orientations méthodologiques ; la volonté ou non
d'inscrire son étude dans une perspective qui ne lui est pas propre.
Ces interrogations constituent quelques-uns des enjeux auxquels
ont dû faire face les huits auteurs de ce livre, épistémologues ou
spécialistes reconnus de cette région du monde.
Au-delà de l'Asie du Sud-Est, ce livre participe d'une réflexion
globale sur l'avenir de nos sciences sociales.