Psychanalyse, n° 14

Du père réel
Un psychanalyste pécherait autant à lire Lacan sans
Freud qu'à ne rien vouloir savoir de ce qui, du premier
au second, fait Rubicon. Ainsi du père réel. Le
père originaire de Freud est, explicitement (on peut
citer Totem et tabou ), un père jouisseur : il se réserve
toutes les femmes de sa horde. En ce sens, il ne saurait
servir d'ancêtre au père réel que Lacan promeut,
dans L'envers de la psychanalyse , comme
agent de la castration. Le père, en tant que réel, ne
jouit pas, et c'est en quoi justement il s'excepte de la
fonction phallique. Il ne s'agit en l'occurrence ni
d'un carême, ni de la préfiguration d'une jouissance
au-delà du phallus, ni du délire d'une jouissance en
deçà, mais de l'exigence qu'un tel père soit capable
de prendre un risque dans l'interprétation de la loi,
c'est-à-dire qu'il ait rompu, du moins dans sa fonction,
avec l'hétéronomie qui le collait à sa propre
version vers le père.