L'industrie en cale sèche : matières premières : de la gestion des flux aux rapports de force

Dans Paroles de gueules noires , un mineur raconte que «les chevaux comptaient
les wagonnets... Vous en mettiez neuf au lieu de huit, ils s'arrêtaient». Et s'il
ne s'agissait que de cela : retrouver le sens de la mesure si tant est que cela
soit possible depuis les années glorieuses. Et si l'énergie la moins chère, c'était
«l'énergie non consommée». Le débat sur la «transition énergétique» de l'été
2012 est déclenché par une série de phénomènes déjà engagés dans le reste du
monde. Et avec une facture énergétique de plus de 60 milliards d'euros en 2011
[soit 90 % de son déficit commercial], la France n'échappera pas au débat. Selon
François Loos, «nous sommes tous des acteurs de la transition énergétique et il
faut se mobiliser pour ne pas avoir à la subir». En tout état de cause, le débat
énergétique est avant tout un débat de politique industrielle, tant il est vrai que
les industriels sont en première ligne et que «l'énergie est le sang de l'économie».
Victime du «syndrome de la cale sèche», l'industrie serait-elle condamnée au
destin tragique du héros balzacien de la Peau de chagrin , capable de réaliser tous
les désirs [mais l'objet magique rétrécit et la vie de son propriétaire raccourcit
également], la satisfaction immédiate de ses souhaits conduisant inexorablement
à son épuisement. À force de courage et d'abnégation, les gueules noires des
siècles passés ont permis le développement industriel de notre pays. Aujourd'hui
encore, les matières premières sont produites ailleurs dans des conditions qui
relèvent d'un autre âge, avec son lot de violence à la mesure des enjeux, comme
en témoignent les émeutes ouvrières qui ont fait plus de 30 morts aux mines
Lonmin (Afrique du Sud) en août 2012, mais désormais c'est bien l'atelier du
monde qui a changé de tropiques. Il s'agit sans doute du pire krach de l'histoire
industrielle française dont il convient hic et nunc de dénoncer les causes. Comme
l'écrit Paul Valéry dès 1931 : «Il faut rappeler aux nations croissantes qu'il n'y a
point d'arbre dans la nature qui, placé dans les meilleures conditions de lumière,
de sol et de terrain, puisse grandir et s'élargir indéfiniment.» Pour l'avenir de
l'industrie, la crise des matières premières et de l'énergie est la mère de toutes
les batailles. Quant aux choix qui s'offrent à nous, ils doivent désormais être
considérés comme des choix de civilisation.