Le harem en péril

Que dissimule le ventre de Selma, fille d'Aïcha ? Le docteur Nawas fricote-t-il
avec nos femmes dans son cabinet ? Ouarda la bonne ne serait-elle pas une
folle dangereuse ? Et si Khlifa était un... ?
Qu'un fait suspect vienne rompre le fragile équilibre d'une famille ou d'une communauté,
et voici la curiosité tapie en amont du geste, voici l'état d'urgence, où
chacun tente de savoir... ou de cacher.
Associé à cette quête, on aura tôt fait d'apprendre que l'exacte vérité demeure
souvent insaisissable. Qu'importe aux personnages de ces nouvelles ? Dès lors
que le vrai se dérobe, il faut l'espionner. Du regard d'autrui ou de l'oeil de sa
conscience, auquel obéir ? Peut-on même choisir ? Le jeune Boumous choisit,
et sa curiosité le perd... comme la jalousie, l'orgueil, le soupçon ou l'innocence
en perdront d'autres.
Ainsi chaque nouvelle de ce recueil met en scène un drame, qui broie des êtres
de chair et de sang, jouets infortunés à la merci d'un secret qui finit toujours
par les engloutir.
Pièce maîtresse de cet engrenage cruel, la rumeur, toujours pleine de fiel, qui
crée et déforme, qui suscite et défait ; à sa source amère viennent constamment
boire les traditions, le pouvoir politique, et l'Occident de ces roumis dont on se
défie toujours un peu. Véritable démiurge, la rumeur est origine et ouverture,
et c'est d'elle qu'arrive le malheur : elle rôde, puis éclate au grand jour dans la
rue, dévastatrice, magnifiquement servie par un style imprévisible libérant un
discours polyphonique qui décroche le lecteur.
Rafik Ben Salah livre dix nouvelles où l'incertain parfume le vrai : le lecteur n'y
trouvera qu'un surcroît de délices.
Laurent Paratte