L'Orient vierge : roman épique de l'an 2000

L'Orient vierge de Camille Mauclair est un monde. Des civilisations y naissent, s'y combattent en joutes nuptiales, meurent et renaissent, suivant le mouvement de l'Ellipse. C'est que le romancier, tout « symboliste » et « décadent » qu'il soit, n'a pas oublié qu'il était l'héritier du poète épique. La première partie de l'ouvrage, coruscante et guerrière, est toute frémissante du ressac de l' Iliade . D'acier et de bronze, les phrases y sont lisses et brillantes comme des écailles, comme les armes du Kalevala . Le récit des batailles évoque le déroulement effrayant d'une immémoriale créature ophidienne. On devine à l'arrière-plan, le ressouvenir de Salammbô , des prosodies de ces maîtres de forge, de ces verriers prodigieux que furent Lecomte de Lisle ou Hérédia. Mais à la différence de ces prédécesseurs admirables en rhétoriques armoriées, en rythmes frappés du sabot des chevaux à l'assaut de l'invisible et de l'inconnu, les puissances archaïques de Camille Mauclair, servent ici une anticipation.
Le roman, écrit en 1895, décrit à la fois notre abominable passé, qui demeurait l'avenir de Camille Mauclair, notre présent et notre avenir, sur l'orée tremblante du nouveau millénaire.