Les lys et la république : Henri, comte de Chambord, 1820-1883 : actes de la journée d'étude du 10 juin 2013

«Dès le départ, le duc de Bordeaux est unique, solitaire et fragile. Il est d'abord
l'enfant du martyre, celui de son grand aïeul Henri IV assassiné par Ravaillac
en 1610, celui de son oncle Louis XVI bien sûr, et enfin celui de son père également
poignardé par le dernier régicide de l'histoire de France. Lourde
hérédité, l'hérédité du malheur et de la tristesse.
Mais Bordeaux est aussi l'"enfant du miracle", l'enfant qu'on n'espérait plus sept
mois après la mort de son père, le seul à pouvoir continuer la race et permettre
à ses partisans de rester dans l'Histoire. Le martyre et le miracle, ces deux fées
un peu insolites, vont l'accompagner tout au long de sa vie.
À dix ans, le jeune prince s'embarque à Cherbourg avec la famille royale pour
un exil qui ne finira qu'à sa mort en 1883. Son grand-père et son oncle ont
abdiqué en sa faveur. Il était duc de Bordeaux en quittant la France, il devient
en exil le comte de Chambord, en souvenir de la donation du domaine du même
nom faite par souscription à sa naissance. Tous les espoirs des royalistes convergent
vers lui et l'engouement de ses partisans prend des allures de voeu et de prière.
Dès lors, le temps du roi restera celui des rêves et de l'exil. Il n'y aura pas de
successeur. Le légitimisme de ses derniers partisans va finir par rassembler
étrangement à une politique de la chute. Le "chambordisme" est une sorte de
royalisme du désespoir, "dès lors que le principe incarné par un homme doit
périr avec lui".»
E. de W.