Carnets de guerre : 1939-1948

Soixante-dix années écoulées, - « divine surprise » ! - les
Carnets de Guerre de René Benjamin surgissent sous nos yeux.
Ainsi qu'il avait coutume d'agir à la sortie de ses conférences,
par gratitude envers ses auditeurs émerveillés, René Benjamin,
en quelque sorte, me tendait ses deux mains.
Benjamin est partout. Il circule au nord de la Loire comme
au sud. Il rencontre, écoute, voit... et il note avec une largeur
d'esprit qui le conduit à de fréquentes corrections de ses
certitudes initiales, à l'égard des Allemands, des Anglais, du
milieu collaborationniste, de la «pétudière» de Vichy...
Parmi cent autres de ses témoignages pour l'histoire, trois
d'entre eux m'ont particulièrement touché :
- Benjamin déjeune à l'hôtel du Parc à la table du Maréchal.
En sa présence, à l'issue du repas, Pétain et Maurras cherchent
ensemble une définition de l'honneur. La gloire des armes
face à la gloire de la pensée. Fabuleux !
- Darlan a rencontré Hitler à Berchtesgaden. Rentré en France,
l'amiral brosse pour René Benjamin (médusé) le décor,
l'atmosphère de l'entrevue, les attitudes du Führer. Trente
lignes des Carnets sont consacrées à la tragi-comédie. Qui
d'autre eût pu écrire cela dans un style qui transcende la
scène ?
- Dans son appartement parisien, Weygand révèle son
accrochage avec Laval dans le bureau du Maréchal, à Vichy,
quelques jours avant sa déportation en Allemagne. C'est à
Benjamin qu'il a choisi de se confier.
En réservant inconsciemment à la postérité ce qu'il savait,
Benjamin s'est donné les moyens d'une tardive revanche sur
ses détracteurs. Il démythifie nos pseudo-historiens qui, à des
années de distance et sans lumières, décrivent la séance du Nid
d'Aigle comme s'ils y assistaient le stylo à la main...
Yann Clerc