Le bonheur d'être français

«Je me souviens du directeur de chantier du viaduc de Millau,
une espèce de capitaine Haddock à barbe blanche. Nous arpentions,
par grand vent, le premier tronçon, jeté au-dessus du vide, du pont
géant. Soudain Jean-Pierre M. s'arrêta pour contempler les hautes
piles de béton s'élançant vers le ciel. Sa cathédrale à lui.
«Je me souviens d'Isabelle S., ouvrière et directrice d'une
usine de confection dans le Pas-de-Calais, prenant juste le temps, à
l'heure du déjeuner, de s'asseoir avec ses camarades autour des
machines à coudre pour manger une tartine.
«Je me souviens de Fatima H., mère de famille marocaine qui
vient d'obtenir la nationalité française. "Avant, me confia-t-elle,
j'étais une immigrée qui parlait à d'autres immigrées. Maintenant,
je suis la France qui leur ouvre les bras."»
Parce qu'elle en avait assez d'entendre parler du «déclin français»,
Christine Clerc a repris la route. Du Pas-de-Calais au
Lot-et-Garonne, en passant par la Lorraine, elle a visité des usines,
des fermes, des hôpitaux, des collèges. Elle a rencontré des centaines
de Français sur leurs lieux de travail ou de loisirs et chez eux, en
famille.
Comme il y a vingt-deux ans, quand son premier ouvrage déjà
intitulé Le Bonheur d'être français (Grasset, 1982) lui valait le prix
Albert-Londres, elle revient avec un livre de colères et d'émerveillements.
Un livre tonique. Ah ! Si les Français savaient quel
est leur bonheur !