La nouvelle phase stratégique

La nouvelle phase stratégique

La nouvelle phase stratégique
2014330 pagesISBN 9782912639684
Format: BrochéLangue : Français

Qu'entendons-nous par «nouvelle phase stratégique» ?

En 2003, la décision américaine d'intervenir en Irak fut une «guerre

par choix», dans le but d'influer sur la balance de puissance régionale

et mondiale. Nul doute que cette «guerre politique» confirmait le

cadre stratégique pluri-décennal de la «doctrine Carter» - empêcher

tout contrôle hégémonique sur la région - mais en poursuivant deux

objectifs distincts. L'objectif immédiat était le changement de régime

en Irak. L'objectif stratégique était la Chine. De manière presque

explicite, pour la «doctrine Bush», la réaffirmation du contrôle

sur le golfe Persique visait à conditionner la Chine ainsi qu'à

prévenir l'influence de Pékin dans la région, une influence destinée à

se renforcer du fait de la combinaison de l'ascension industrielle

de la Chine et de sa dépendance énergétique croissante à l'égard du

Moyen-Orient.

Si la balance mondiale entre les puissances réclamait une intervention

militaire directe des États-Unis, cela signifiait que ces relations

entraient dans une phase de définition ; les tensions et les contradictions

de la confrontation globale avaient donc franchi un seuil. C'est

l'année suivante, en 2004, que nous avons utilisé pour la première

fois l'expression nouvelle phase stratégique. La prévision à long terme

du développement capitaliste, en particulier en Asie, avait fourni

pendant un demi-siècle le cadre scientifique permettant de définir les

tâches du parti révolutionnaire, ainsi que les temps et les possibilités

d'enracinement dans une métropole avancée.

Désormais, précisément en Asie, de nouvelles puissances impérialistes

surgissaient, comme la Chine justement, et l'impérialisme européen

avait franchi le seuil crucial de la fédération de l'euro ; ce cycle identifié

un demi-siècle auparavant arrivait ainsi à son terme. Une « nouvelle

phase stratégique », justement, commençait. Son caractère inédit était la

lutte entre des puissances de dimensions continentales. Les États-nations,

les dimensions de la puissance souveraine que l'histoire avait

sédimentées en Europe, étaient désormais insuffisants à ce niveau de

confrontation. La Chine et l'Europe étaient les questions cruciales de

la nouvelle phase.

Quant aux tâches du parti dans la nouvelle phase stratégique, les

crises confirment le cadre général déjà analysé au sujet de la localisation

mondiale des forces de classe ; mais elles montrent aussi pour

la première fois, de façon pratique, les potentialités de ces forces.

Un milliard d'hommes ébranlés par la transformation sociale au cours

des dix prochaines années, impliqués dans des processus tumultueux,

représenteront une possibilité objective pour la stratégie révolutionnaire.

La traduction de cette potentialité en forces subjectives pour le

communisme internationaliste représente l'inconnue et le défi inédit

de la nouvelle phase. Le chemin qui attend les nouveaux contingents

du prolétariat mondial, en Chine, au Brésil, au Moyen-Orient ou en

Turquie, est à peine entamé : le déploiement des énergies de classe est

une certitude, mais il n'est pas possible d'en prévoir le parcours et

les formes. Pour cette raison aussi, l'enracinement bolchevique dans

l'impérialisme européen est un point capital pour la stratégie internationaliste

de la classe mondiale.

(de l'introduction)

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