L'oeil nomade : la photographie de voyage avec Ange Leccia

Au XIX<sup>e</sup> siècle, les pionniers de la photographie
se rendent en Égypte et entreprennent un recensement
systématique des monuments archéologiques.
Les daguerréotypes et calotypes des
«Pèlerins du soleil» participent à la redéfinition
du monde dans son objectivité et préparent le
développement du tourisme. Vers 1880, l'Orient
devient une destination attractive pour une
clientèle éprise de dépaysement, prolongeant le
voyage d'agrément initié au XVIII<sup>e</sup> par l'aristocratie
britannique (The Tour).
Un siècle plus tard, 700 millions de touristes
parcourent le monde, générant une activité qui
représente près de 14 % du PNB mondial... Dans
ces conditions, souvent perçues comme l'indice
d'une uniformisation, l'enjeu du voyage contemporain
ne paraît plus être l'altérité.
Pourtant, n'existe-t-il pas encore des parcours
qui cherchent à se préserver des clichés ?
Les images d'Ange Leccia offrent précisément
un «orientalisme» qui délaisse la sérénité
intemporelle des ruines de l'Antiquité pour
évoquer une situation géopolitique traversée de
multiples tensions. L'artiste propose des montages
photographiques qui sont à la fois des interrogations
face à un Proche-Orient complexe et des
tentatives de réenchantement portées par les
sensations.