Jeanne d'Arc, de l'histoire à l'écran

Si l'authentique Jeanne d'Arc reste, sur bien des points, une énigme tant pour les historiens que pour les
théologiens, le personnage lui-même n'a cessé de fasciner. Guérilléro, patriote ou sainte, républicaine ou royaliste,
laïque ou catholique, agent secret, martyre, victime d'imposture ou d'hallucinations, la Pucelle d'Orléans a été
accaparée de tous côtés. Dès l'invention d'Edison et des frères Lumière à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, cette fascination
s'est transmise à la caméra. Les spectateurs se souviennent bien sûr de Renée Falconetti, d'Ingrid Bergman, de
Jean Seberg, de Sandrine Bonnaire et, récemment, de Milla Jovovich. Mais c'est le dessus du panier. Qui sait
que la vaillante Lorraine a été incarnée plus de cent fois sur le grand et le petit écran ? Parmi ses interprètes, on
découvre Alida Valli, Hedy Lamarr, Michèle Morgan, Julie Harris, Liselotte Pulver, Geneviève Bujold, Marthe
Keller. L'industrie cinématographique l'a maintes fois récupérée idéologiquement : Adolf Hitler en a fait le porte-drapeau
de la révolution nationale-socialiste, et même le cinéma soviétique s'est penché sur la bergère en armes.
En plus des longs métrages de cinéma, cet ouvrage réunit pour la première fois les quelque 70 téléfilms et
dramatiques que la télévision a consacrés à Jeanne dans le monde entier. Le petit écran véhicule notamment des
images de Jeanne provenant des adaptations littéraires, de l'opéra, du musical, du ballet, du cinéma expérimental
et même du dessin animé ! C'est cette galerie polychrome et polymorphe, miroir combien révélateur de notre
temps, que ce livre déchiffre en étudiant la genèse, les motivations, le tournage et l'accueil des films, sans oublier
le contexte politique ou artistique qui les a vus naître et qui a présidé à leur réalisation. La représentation de la
chronique médiévale se confond ainsi inextricablement avec l'histoire contemporaine.