Lorient : l'acharnement des poches de l'Atlantique

Lorient a connu cinq années interminables de guerre. Un baroud d'honneur y est livré le 21 juin 1940, quelques heures avant l'Armistice, puis le sort s'acharne sur la malheureuse ville :
- L'oncle Sam y envoie une garnison oubliée comme des tuniques bleues dans le désert du western, mais cette troupe n'a aucune intention de conquérir la ville dont elle se contente de masquer les glacis.
- Les FFI en guenilles et sans moyens, encore plus miséreux que les volontaires de l'an II, essaient de représenter l'armée française, sur un front oublié et d'un intérêt discutable. Leur bonne volonté supplée difficilement leur faiblesse tactique.
- Un général allemand transforme la Festung en véritable hameau de Marie-Antoinette à Versailles. Il s'y organise une vie bourgeoise de gentleman farmer, avec un élevage, un potager, une distillerie, une fabrique de savon et de cirage, un journal quotidien, dans une ambiance apocalyptique qui préfigure les films de Mad Max.
- Une garnison de volontaires russes et ukrainiens joue à Vendredi chez Robinson Crusoë. Ils finissent livrés aux cannibales du Goulag.
- Ce qui reste de population civile subit les effroyables bombardements de l'aviation alliée puis les rigueurs du siège, mais quelques commerçants vendent des fournitures de guerre aux Allemands qui payent rubis sur l'ongle.
- Malgré toutes les absurdités apparentes qui se font jour dans ce siège, Lorient devient l'emblème du style et des méthodes imposées par le nouvel ordre du monde de Yalta, rappelle la ligne de Torrès Vedra du temps de Napoléon et préfigure la Flexible-response formalisée par le Pentagone.
Ces folies durent jusqu'au 10 mai 1945, Il reste le plus colossal bunker à sous-marins du monde.
Disparaît ainsi l'un des joyaux de la Bretagne, gloire de la compagnie des Indes, qui porte des cicatrices encore aujourd'hui ineffaçables.