Millau, une ville du Rouergue sous l'Ancien Régime (1668-1789) : société catholique et société protestante

Millau, la ville la plus méridionale du Rouergue, au coeur des Grands
Causses ne donnait pas sous l'Ancien Régime l'image d'une société
immobile, figée dans ses structures comme la configuration du lieu
le laisserait supposer. C'était l'une des premières églises protestantes
du royaume et les guerres de religion y furent particulièrement
violentes.
Les recherches menées par l'auteur ont abouti à un certain nombre
de conclusions présentées avec netteté dans ce livre. L'évolution de
la démographie fait alterner les phases d'instabilité et les phases de
redressement que n'affectent pas durablement les redoutables flambées
épidémiques des dernières décennies du XVIII<sup>e</sup> siècle. Catholiques et
protestants relèvent de comportements démographiques sensiblement
différents, tout en échappant l'un et l'autre aux tendances malthusiennes
observées dans d'autres villes ou régions.
Le devenir social de Millau se caractérise par un mouvement
différentiel qui valorise le partage «fondateur» au plan des
mentalités et de l'engagement religieux. A tous les niveaux, les
protestants émergent par leur aisance et perdent au cours du
XVIII<sup>e</sup> siècle leurs assises populaires, tout en restant bien présents dans
les milieux du négoce et de la fabrique. Le protestantisme millavois
glisse vers un élitisme social, alors que la mobilité et l'ouverture sont
plus grandes chez les catholiques. La noblesse est soucieuse de
maintenir une cohésion de caste attestée par les pratiques testamentaires.
En dépit de ces partages, les élites de la société adhérent d'un même
élan au langage philosophique et aux valeurs nouvelles introduites
par le livre et par la sociabilité des Lumières. Nobles et bourgeois,
catholiques ou protestants partagent le combat contre l'intolérance,
le fanatisme et les préjugés.