Les Egyptiens

À Alexandrie, le 1<sup>er</sup> juillet 1798, il ne sait pas que la campagne militaire qui commence va donner naissance à une science
nouvelle, l'égyptologie. Certes l'Égypte n'était pas un pays inconnu : depuis la Renaissance, des voyageurs européens
l'avaient visitée et avaient décrit ses «merveilles». Mais les hiéroglyphes demeurant incompréhensibles, les
informations qu'ils rapportaient relevaient plus de la légende que de l'histoire. Les savants que Bonaparte avait adjoints
à son armée réalisent un remarquable bilan du pays en inventoriant de façon exhaustive sa population, sa faune, sa flore
et... ses antiquités. Mais ce n'est qu'avec J.-F. Champollion et le déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique, en 1822, que
progresse véritablement la connaissance de l'Égypte ancienne. Ce n'était qu'un début. De nos jours, la compréhension
des textes, la mise au jour et la restauration des monuments nous rendent la civilisation égyptienne de plus en plus
accessible. La durée de cette civilisation est l'une des plus longues de l'histoire : depuis l'aube du III<sup>e</sup> millénaire av. J.-C.
jusqu'au milieu du I<sup>er</sup> millénaire ap. J.-C. Sa permanence est peut-être due, au moins en partie, à la force de l'institution
pharaonique, un pouvoir absolu de droit divin. Sans doute de nombreuses vicissitudes l'ont marquée, en particulier les
invasions étrangères qui finiront par entraîner sa fin. Tout au long de cette longue histoire, la société égyptienne
demeure étonnamment stable, fortement structurée et hiérarchisée, étroitement encadrée par une bureaucratie
omniprésente. C'est aussi une société profondément marquée par une vision religieuse du monde, où il importe avant
tout de maintenir sur terre, grâce aux rites, la présence bienveillante des dieux.