Poésie homosexuelle en jobelin : de Charles d'Orléans à Rabelais

La confirmation d'une présence importante de l'homo-sexualité
dans l'oeuvre de Villon avait ouvert des perspectives
prometteuses. Thierry Martin applique ici la même grille de
lecture à d'autres virtuoses du double sens, comme Charles
d'Orléans ou Marot. Et bien sûr Rabelais : en effet, pourquoi
ne s'est-on jamais risqué à traduire des textes aussi capitaux
que les énigmes de Gargantua et les plaidoyers fatrasiques de
Pantagruel ? A-t-on craint la décoction d'un clystère, la
matière fécale, la poche culière, la fressure boudinale dans
les bourses des usuriers, les trous de taupe ? En fait de trous,
nos chastes commentateurs n'étaient pas au bout de leurs
surprises :
Leur propos fut du trou de saint Patrice,
De Gilbathar, et de mille autres trous :
Si on les pourrait réduire à cicatrice
Par tel moyen que plus n'eussent la toux,
Vu qu'il semblait impertinent à tous
[De] les voir ainsi à chaque vent bâiller...
On ne sera pas étonné de voir revivifier ici des textes que
nous ayons tous visités à l'école sous l'oeil vigilant de la
République. Celui de Thierry Martin, éclairé par une utilisation
de la langue (ancienne pour le décodage, contemporaine
pour la traduction) nous délivre enfin la poésie de Charles
d'Orléans à Rabelais de sa gangue hétérocentrée. Dans cette
édition bilingue, T. Martin illustre avec bonheur la formule de
Rabelais : «On ne fait que bander aux reins et souffler au
cul !»