Grande robe et liberté : la magistrature ancienne et les institutions libérales

Grande robe et liberté : la magistrature ancienne et les institutions libérales

Grande robe et liberté : la magistrature ancienne et les institutions libérales
Éditeur: PUF
2010375 pagesISBN 9782130566854
Format: BrochéLangue : Français

Contrairement aux idées reçues, l'étude des doctrines des magistrats de la fin de

l'Ancien Régime révèle une réflexion cohérente de la grande robe française sur la

question des institutions libérales. Au sein du complexe des pensées libérales, ces

doctrines se singularisent par leur attachement à une forme de libéralisme institutionnel

et non individualiste dont le propos, à rebours des courants libéraux majoritaires,

n'est pas l'élaboration d'une théorie politique fondée sur l'autonomie du sujet

ou la définition des conditions d'émancipation de l'individu.

L'étude de sources diverses (remontrances principalement, mais aussi écrits personnels

des magistrats ou des tenants des idées parlementaires) dévoile, avec les

méthodes singulières des grands robins - héritiers, sur ce point, de la tradition

humaniste -, leur culture juridique, leurs valeurs, leur savoir du politique, mais aussi

leur attachement réel à la liberté et leur effort sans cesse renouvelé pour penser les

conditions de l'existence de l'État modéré. À cet égard, il apparaît très vite que

l'effectivité de la liberté telle qu'ils la conçoivent dépend de l'existence d'une diversité,

à la fois institutionnelle et sociale, qui est, pour partie, pensée en termes d'inégalité.

Mais si elles semblent, dans leurs écrits, assez largement liées aux

structures et aux hiérarchies de la société française d'avant 1789, la liberté et

les institutions libérales telles que les grands robins les pensent ne sont pas exclusivement

réalisables dans le cadre du modèle aristocratique : les socles sur lesquels

peut venir s'enraciner le jeu institutionnel à partir duquel se déploiera l'équilibre libéral

sont multiples.

C'est là que réside la grande leçon du libéralisme institutionnel. Car ce qui importe

n'est pas tant que les magistrats de l'ancienne France aient cru que la liberté ne

pouvait exister sans noblesse ni Parlements, mais qu'ils aient vu que l'épanouissement

de la liberté était tributaire d'un pluralisme de vues exprimées par des institutions

ordonnées de façon à prévenir la domination exclusive et durable de l'une

d'entre elles. On ne saurait d'ailleurs exclure que les plus éclairés de ces hommes

aient pu entrevoir un système de libéralisme des intérêts à la façon des pères

fondateurs de la Constitution américaine, qui étaient leurs contemporains. Des

éléments de continuité doctrinale permettent enfin de penser que les traditions

libérales françaises du premier XIX<sup>e</sup> siècle - au premier rang desquelles la tradition

doctrinaire - ont, dans une certaine mesure, une dette à l'égard du monde de la

robe ancienne : les doctrines parlementaires des Lumières constituent sans doute

un moment dans l'histoire du libéralisme à la française, une étape dans l'élaboration

historique d'un autre libéralisme.

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