Eyre de Lanux : une décoratrice américaine à Paris

Eyre de Lanux : une décoratrice américaine à Paris

Eyre de Lanux : une décoratrice américaine à Paris
Éditeur: Norma
2013207 pagesISBN 9782915542578
Langue : Français

Amazone, singulière, rebelle, d'une beauté chryséléphantine,

Elizabeth Eyre de Lanux fut toute sa vie une expatriée.

Issue de l'aristocratie américaine, elle délaisse un avenir promis

aux mondanités pour une vie artistique. De sa formation auprès du

génie Constantin Brancusi au salon de Natalie Clifford Barney,

de la noirceur assumée de l'appartement de Romaine Brooks au

Paris du surréaliste Boeuf sur le Toit, de l'atelier de la rue Visconti

aux plaines de l'Atlas, de Port-Cros à Cannes, de l'Illinois à

New York, elle sut séduire les hommes comme les femmes.

À Paris, où elle arrive en 1919 après avoir épousé le diplomate et

écrivain Pierre de Lanux, elle rencontre Eileen Gray, au moment

où cette gracile Irlandaise, par amour pour Damia, délaisse

la patience du travail du laque pour l'architecture, comme une

mise en abyme de sa propre reconstruction. Eyre de Lanux

reprend la recherche et l'expérimentation de matières novatrices,

jusque-là non utilisées dans l'ameublement, notamment

le liège, l'ambre et le linoléum.

Mais pas seulement. Avec Evelyn Wyld, elles construisent un univers

de lettrés où la poésie des tapis Orages, Engrenage, Partir se

conjugue avec un mobilier et des luminaires jusque-là inédits dans

un environnement aux teintes sourdes et au confort moderne.

Dans un Paris surréaliste où l'entre-deux-guerres fut souvent

vécu comme un temps suspendu, elle voulut croire en un avenir

apaisé. Ambitieuse. Mais la crise de 1929 et la Seconde Guerre

mondiale sonnèrent le glas de cette fraîcheur et firent de ses

créations des raretés.

Trait d'union entre la pionnière Eileen Gray et la rationnelle Charlotte

Perriand, Eyre de Lanux est comme elles inspirée par le japonisme.

Ni pauvres ni dépouillés, ses décors rares, architecturés, sont

restés secrets jusqu'à aujourd'hui. Quatre années de recherches

dans un univers où meubles et objets d'art mâtinés d'influence

primitive nous ont conduits aux prémices du «less is more».

Elizabeth Eyre de Lanux est ce nom connu mais ce talent oublié.

Nous avons voulu pallier ce cruel manque, qui, dans la création

féminine du XX<sup>e</sup> siècle, s'achève avec Maria Pergay. Eileen Gray,

Eyre de Lanux, Charlotte Perriand, Maria Pergay, les quatre points

cardinaux sont aujourd'hui identifiés.

Nous avons voulu cette biographie comme une impression

argentique de ce que fut cette météore de la création, un hommage

à une femme qui, au soir de sa longue vie, aimait encore

à rire de ce voyage inassouvi et qui fit sienne la devise de

Lautréamont : «Mais, moi, j'existe encore !»

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