L'Origine des légendes

Il s'agirait du recensement méthodique d'un passé que la mémoire, le temps, la rumeur publique et le goût de l'affabulation auraient déformé. Il s'agirait de s'assurer de ce passé, de l'établir, de l'accréditer. Mais à peine le récit commence-t-il à prendre quelque solidité, de curieux retournements - feintes, ironie ou blocages -, viennent l'assaillir et le démanteler. Et celui qui l'énonçait, fuyant une identité fallacieuse, imposée de l'extérieur, s'efface sous le déferlement des questions étrangères. Dans le vide ainsi laissé, une autre voix reprend, qui à son tour invente un partenaire chargé de la réplique et condition de ce dialogue angoissé qui ne dit rien finalement, qu'une tension, une terreur et une attirance vers le moment où la vérité parle et fonde la légende : la mort, qui seule transforme les masques en visages.
«L'auteur ne veut pas se décider à nous livrer quoi que ce soit qui l'engage ne fût-ce que dans l'esquisse de sa vérité, et il a la même crainte à déterminer pour son vagabond de personnage, le moindre acte, la moindre parole, le moindre comportement. Le curieux c'est que là aussi, nous partageons bientôt avec sympathie cette aventure de la peur de l'aventure.» Alain Bosquet, Combat.
«La poursuite d'un "espace du dedans" dans une sorte de no man's land embrouillé de signes avec, traître fil d'Ariane dans le labyrinthe de la mémoire, l'exigence d'une logique assaillie et haletante... Jean Frémon fait preuve d'une savante maîtrise dans cette quête d'une déconcertante allure.» le Figaro littéraire.
«Aimeront ce livre ceux qui, loin des fariboles, ont soif de cette simplicité lustrale et sont aptes à cette dense profondeur.» Jean Gaugeard, les Lettres françaises.