La favorite

Stella Delange la narratrice, fille mal-aimée d'un couple de
cafetiers de Montreuil, a publié un roman qui remporte
un succès immense ; son «personnage» lui est inspiré
par sa soeur aînée, la douce, la belle, la parfaite Mélanie,
jeune institutrice d'école maternelle au destin tragique :
elle s'est fait écraser par un camion en voulant sauver
un petit enfant.
Le cinéma s'intéresse aussitôt au roman.
Entraînée dans un milieu cynique dominé par l'argent
et les fausses gloires, Stella sent plus que jamais
qu'elle existe à travers l'image sublimée de sa soeur
morte. Sa passion absolue pour le producteur du film,
son amitié pour Wanda, la vedette incarnant
Mélanie, sa vie soudain branchée sur un luxe factice
approfondissent en elle l'abominable sentiment de sa
dépendance et de sa solitude.
Ces faits - purement réalistes d'apparence - sont
transfigurés par un souffle de folie âpre, sombre, désespéré,
mais éclatant d'un cruel humour ; La peinture
des milieux sociaux, des grands restaurants, d'un
week-end «de travail» à Saint-Tropez ou à l'inverse
d'un réveillon calamiteux à Montreuil, est aussi drôle
que féroce.
Au-delà, l'auteur nous montre que les hommes et les
femmes sont prisonniers de leur passé au point de
gâcher ce qui aurait pu être le bonheur présent. Stella et
celui qu'elle appelle le Capitaliste s'aiment pour de bon.
Mais ils n'arrivent jamais à surmonter les malentendus,
le soupçon, le silence.