Entrepreneur et esprit d'entreprise : l'avant-gardisme de Jean-Baptiste Say

La France, qui a la fâcheuse réputation de ne pas aimer ses entreprises - et
encore moins ses entrepreneurs - est pourtant le pays qui a donné naissance
à l'économiste classique qui a le mieux analysé le rôle du chef d'entreprise sur la
grande scène de la production des richesses : Jean-Baptiste Say.
Dès 1803, c'est-à-dire à l'aube de la révolution industrielle, dans son Traité
d'économie politique , puis, plus tard, dans son Cours complet d'économie politique
pratique , Jean-Baptiste Say a dressé un portrait toujours d'actualité de cet agent
économique central qu'il nomme «entrepreneur d'industrie» dont la mission est
d'imaginer des produits utiles, de combiner des facteurs de production, d'offrir
de l'emploi, de distribuer des revenus, de susciter des innovations, de courir des
risques, de gérer de l'incertitude...
Jean-Baptiste Say, ayant été lui-même trois fois patron, présente donc ce
caractère quasi unique d'être à la fois et au même degré un théoricien de l'économie
politique et un praticien de l'entreprise. Les considérations qu'il a tirées de
ses fonctions d'entrepreneur sont riches de vues originales toujours pertinentes,
et cela non seulement sur la place, les qualités et les responsabilités du chef
d'entreprise mais aussi sur l'environnement, on dirait aujourd'hui «l'écosystème»,
qui doit accompagner l'entreprise pour qu'elle participe avec efficacité au développement
économique. Ainsi Jean-Baptiste Say entendait-il libérer son entrepreneur
de l'emprise de l'État, le dégager des entraves de la réglementation, le
soulager du poids des bureaucraties, le préserver de la grêle des impôts.
À l'heure où la France paraît enfin disposée à reconnaître que ses entrepreneurs
sont le moteur de la croissance et de l'emploi, il peut s'avérer judicieux de
relire Jean-Baptiste Say.