Ouvriers

Ils bâtissent les maisons, ouvrent et réparent
les routes, les réseaux électriques et les voies
urbaines. Ils installent le gaz et l'adduction
d'eau, refont le bitume et les pistes d'atterrissage.
Ils montent en quelques jours les abris angulaires
de la production industrielle dans laquelle d'autres
ouvriers oeuvreront. De leurs mains sortent des
chaudières et des tracteurs, des navires et des ponts.
Ils repeignent nos façades, lavent les baies, font
briller les villes. On leur doit des machines et des
rouages que d'autres actionneront. Ils ont l'oeil sur
le parc d'outils qui donnent forme à notre confort.
La nature du travail ouvrier, de plus en plus mécanisée,
n'a pas disparu, si elle a été profondément
bouleversée. L'ouvrier et l'ouvrière restent des gens
d'oeuvre.
On entendra dans ce livre des voix ouvrières, cristallines
ou embrumées, réservées voire effacées.
Certaines, sollicitées, n'ont pas éclos. Le récit sur
soi est impossible voire interdit. Trop peur de dire,
de se mettre en avant, pour dire : voilà ma vie, ma
vie ordinaire, ma vie de labeur.
Salarié plutôt qu'ouvrier. On n'aime plus être catégorisé
«ouvrier». Le salariat au contraire est une
immense maison hétéroclite où l'on peut se ranger.
Derrière la vitrine des oeuvres géantes, une myriade
de gestes succincts et de paroles balbutiées.