La France dans les yeux : une histoire de la communication politique de 1930 à aujourd'hui

«Enlevez-moi ça de là !» : «ça», c'est le micro de la radio, et celui qui
s'agace s'appelle Raymond Poincaré. Nous sommes en 1927, et le chef du
gouvernement français doit prononcer un discours pour inaugurer un
banquet où figurent d'éminentes personnalités de la République ; que
diable irait-il faire de ce gadget encombrant !
Préhistoire médiatique... qui n'a pas duré longtemps : car n'allons pas
croire que nous avons tout inventé, avec nos journaux people , nos mediatraining
et nos consultants en image ! C'est que la communication politique
n'est pas affaire de modèles abstraits, mais de trouvailles, de redites, de
rencontres aussi : son histoire, dès lors qu'on s'intéresse à sa fabrique, à ses
aspects concrets, est riche en surprises. Petit test : qui a inventé le slogan
«la force tranquille», lequel marqua le début du règne des publicitaires en
politique, Jacques Séguéla ou Léon Blum ? Qui imagina le premier les
célèbres «causeries au coin du feu», ces émissions radiophoniques au ton
plus intime, Franklin D. Roosevelt ou le président du Conseil André Tardieu ?
Pour quel homme politique fut inauguré l'outil du «plan-médias», Guy Mollet
ou Valéry Giscard d'Estaing ? D'ailleurs, lequel d'entre eux accepta le
premier de se plier à l'outrage ultime, la séance de maquillage avant de
passer à la télévision ?
Des années 30 à aujourd'hui, voici, dans les coulisses de la scène
politique, une autre histoire de la France contemporaine.