Dans la tête d'un réac

«J'ai toujours été réactionnaire. En mai 1981, j'avais seize
ans et l'impression que la France se transformait en foyer
socio-éducatif géant. Je n'aimais pas les jeans, Abba, le collège
Aragon, les concerts de charité et les radios libres. Mes parents,
qui avaient pleuré de joie à l'élection de Mitterrand, avaient
honte de moi.
Qu'y puis-je ? J'ai toujours été contre. Hier contre les socialo-communistes.
Aujourd'hui contre la droite moderne et suffisante.
Je suis allergique à cette France qui avance sans rétroviseurs.
Sa liturgie progressiste, son capitalisme high-tech me donnent
des éruptions cutanées. Au fond, le réac est un franc-tireur qui
cultive avec jubilation ses démangeaisons. Cet eczéma sublime
lui tient lieu de doctrine.
Peu le savent, mais le réactionnaire sait aussi aimer. Il est dialysé
à l'humus français. Dans mon petit musée intime, je m'enivre de
tous les soleils du passé : d'Artagnan, l'Empereur, Guynemer, de
Gaulle, le Concorde, Brassens, Barbara, la Citroën Maserati...
Oui, c'était mieux avant.»