Les âmes simples

« Tu quitteras la ville pour la campagne. Un grand
voyage t'attend, un pays. Il y a beaucoup de larmes dans
ce pays, mais tu y rencontreras le bonheur et l'amour »,
avait dit à Pierre une vieille femme qui savait lire dans
les lignes de la main. Alors, à la recherche de ce
« pays des larmes », Pierre parvient dans le village de
Miserey, dans le Doubs, où il rencontre Louis Saulieu,
dit L'Enfant. Ce dernier adopte l'étranger et l'accueille
dans sa ferme, au sein de sa famille. Pierre reçoit
le gîte et le couvert en échange de ses services. Mais
la vieille grand-mère ne voit pas d'un bon oeil cet
étranger et sa mystérieuse quête, surtout quand ce
dernier se met à fréquenter la bâtarde du village, qui
« porte le mauvais sort »...
L'amour fou aidera-t-il Pierre a dénouer
le mystère de la jeune bâtarde de Miserey ?
L'Enfant souleva son grand chapeau de feutre noir corné
sur le côté. Son visage plein de bonté s'éclaira. Ses petits
yeux bleus brillèrent de mille jours. Il s'adressa à Pierre :
« Ça serait bien que tu restes avec nous. »
Pierre posa la main sur l'épaule de l'Enfant. Les deux hommes
demeurèrent un instant sans parler, les yeux dans les yeux.
Pierre aimait ce visage de paysan au bord du bonheur. Cet
homme vivait le présent et cela lui suffisait.
« Si tu trouves ce que tu cherches au château, partiras-tu ? » interrogea l'Enfant.