Une autre histoire des Trente Glorieuses : modernisation, contestations et pollutions dans la France d'après-guerre

Comme il était doux le temps des «Trente Glorieuses» ! La démocratisation
de la voiture et de la viande ! L'électroménager libérant la
femme ! La mécanisation agricole éradiquant la famine ! La Troisième
Guerre mondiale évitée et la grandeur nationale restaurée grâce à la
dissuasion nucléaire ! Etc. Telle est aujourd'hui la vision dominante
de cette période d'«expansion», objet d'une profonde nostalgie
passéiste... au risque de l'aveuglement sur les racines de la crise
contemporaine.
À rebours d'une histoire consensuelle de la modernisation, cet
ouvrage dévoile l'autre face, noire, du rouleau compresseur de la
«modernité» et du «progrès», qui tout à la fois créa et rendit invisibles
ses victimes : les irradié.e.s des essais nucléaires en Algérie et en
Polynésie, les ouvrier.ère.s de l'amiante ou des mines d'uranium contaminé.e.s,
les rivières irrémédiablement polluées, les cerveaux colonisés
par les mots d'ordre de la «croissance» et de la publicité...
Les conséquences sociales et environnementales des prétendues
«Trente Glorieuses», de leur mythologie savamment construite par les
«modernisateurs» eux-mêmes, de leurs choix technico-économiques
et de leurs modes de vie, se révèlent aujourd'hui très lourdes. Il nous
faut donc réévaluer la période et faire resurgir la voix des vaincu.e.s
et des critiques du «progrès» (de l'atome, des pollutions, du productivisme
et du consumérisme) antérieures à 1968. L'enjeu est non
seulement de démonter les stratégies qui permirent alors de les
contourner, mais aussi de les réinscrire dans les combats politiques
et écologiques contemporains.