Tifin Notre découverte, n° 1 (2006). Ecrire et résister

«Écrire et Résister» : Nous avons voulu mettre en relation et par là même en question
l'acte d'écrire en berbère ou pour les Berbères et celui de résister. En quoi l'écriture est-elle
une résistance à la négation, à l'aliénation voire à la disparition de la culture et de la
littérature berbères ? C'est une conviction communément partagée qu'écrire en berbère
pour les Berbères relève d'un choix existentiel qui place l'auteur au premier front de la
revendication identitaire.
Écrire n'est pas pour les Berbères un acte gratuit, un loisir mondain, c'est une résistance.
Mais cette résistance est-elle rupture, violence ou le dernier chant d'un «signe» qui se
meurt ? De plus, la cristallisation de la résistance sur l'écriture ne risque-t-elle pas d'aboutir
à une idolâtrie du moyen, à une sacralisation de l'écrit en berbère au détriment de tout
autre critère de jugement ?
Une résistance littérale, scripturale implique nécessairement des valeurs, des idées, si ce
n'est une idéologie, communes aux acteurs (auteurs) de cette résistance. Or, la posture de
l'écrivain «résistant» n'est-elle pas alors problématique ? Où placer les choix esthétiques
de chaque auteur ?
Interroger les rapports entre «Écrire et résister» c'est aussi une manière de lire
d'un oeil particulier les littératures berbères dont nous postulons l'existence.
Tifin propose à un large public un reflet de la culture berbère à travers ses littératures
orales et écrites. La revue a deux lectorats : un public berbère qui, à travers l'écrit,
retrouvera sa langue et sa culture d'origine, et un public français ou francophone qui
souhaite en découvrir la vitalité.
Aujourd'hui, la tâche n'est plus simplement de recueillir une mémoire orale menacée
d'oubli. Elle est de promouvoir une littérature berbère affranchie des tentations de la
répétition et du repliement, et qui assume le risque de la novation et de l'ouverture que
permet l'écriture.
Cette littérature à découvrir est aussi, en quelque sorte, à inventer. Tifin participe donc à
cette tâche en encourageant la réflexion sur les littératures berbères dans son ensemble et
tout particulièrement sur les nouvelles publications, et en réservant un espace de création
aux jeunes auteurs berbères.