Ay Carmela : élégie d'une guerre civile en deux actes et un épilogue

Faire du théâtre un lieu d'asile pour la mémoire
laquelle, mise en jeu, active, dans la confrontation
avec notre appréhension du présent, bouleverse,
interroge nos codes habituels de perception de la
réalité et lève le rideau sur les "scènes primitives"
refoulées qui hantent la conscience contemporaine
collective et individuelle : tel est le propos de
l'acte théâtral dans l'oeuvre de José Sanchis
Sinisterra.
Une oeuvre en marche, opérant loin des courants,
des écoles et des genres établis. Préférant les
formes marginales se situant à la frontière de
différents modes d'expression, elle explore, sur ce
territoire mixte, les limites du théâtre, du sens, de
la communication, interroge les mécanismes de la
théâtralité, expérimente diverses configurations
spatio-temporelles, met à l'épreuve le discours
théâtral et réduit à sa quintessence le théâtre de
l'acteur.
L'écrit, chez José Sanchis Sinisterra, est
organiquement lié à la substance scénique, à l'acte
théâtral. Son écriture sous-tendue par une extrême
rigueur de la réflexion esthétique est toujours
guidée par la responsabilité éthique.
L'oeuvre de Jose Sanchis Sinisterra participe à la
fois de la tradition du réalisme fantastique
espagnol et de la lignée littéraire de Kafka, de
Brecht et de Beckett. De plain pied dans la réalité
elle interroge notre passé et notre présent par un
jeu de miroirs entre la réalité et la fiction que ses
personnages, héros quotidiens pris dans le
tourbillon de l'histoire, trempés dans l'humour et
la tragédie, manipulent en virtuoses.