Au front à 17 ans : lettres d'un jeune Morbihanais à sa famille

«(...) Allant à Vannes, j'ai vu des trains entiers de soldats
revenant du front pour quelques jours, et j'étais bien émue
en les voyant, en voyant le nouveau casque, en me
représentant mon Charles ainsi coiffé...» Ces quelques
lignes écrites par sa mère, Charles ne les lut jamais. La
lettre arriva après sa disparition, dans la nuit du 24 au
25 octobre 1915, lors des violents combats du ravin de
la Courtine en Champagne.
Engagé volontaire à l'aube de ses 17 ans, dès
septembre 1914, Charles Gaillard a correspondu avec
sa famille pendant des mois, la tenant au courant avec
simplicité, parfois humour, colère ou angoisse des
menus faits quotidiens comme des événements les plus
tragiques, illustrant ses propos de multiples plans,
croquis et photos.
Tout est reproduit dans ce volume, les dessins, les simples demandes de victuailles,
matériel photo ou objets divers, les nouvelles étonnantes comme cette amorce de
fraternisation entre soldats français et allemands à la veille de Pâques 1915 : «Boches
et Français se faisaient force gestes et signaux avec le bonnet. Personne, chose curieuse,
n'avait envie de tirer» ou encore l'évocation effrayée des terribles combats de juin 1915
dans la Somme : «Dans un pareil enfer, il y a de quoi devenir fou.» Le jeune garçon, parti
à la guerre avec l'insouciance propre aux adolescents, en découvre les petitesses et les
horreurs.
A travers ces lettres, on perçoit aussi la vie, les sentiments d'une famille pendant la
Grande Guerre et l'impact sur les plus jeunes des récits du grand frère, s'ajoutant à la
rumeur des combats telle qu'elle parvenait dans le petit village de Bretagne dont
Charles était originaire.