Simenon sous le masque

Savons-nous vraiment qui est Simenon, sous le masque qu'il nous a
imposé, derrière le personnage de l'industriel des Lettres, l'écrivain aux
dix mille femmes, l'homme à la cage de verre où fut écrit, dit-on, un
roman express ? Les étiquettes qu'on colla sur son oeuvre sont, elles aussi,
réductrices : Simenon, auteur de polars, de romans noirs, d'ambiances
claires-obscures, pluvieuses, moroses... autant de clichés qui ont la vie
dure.
Très tôt, l'écrivain - par souci commercial ou pudeur singulière ? - s'est
efforcé de bâtir sa propre légende. Lui qui n'a jamais reculé devant
l'évocation des réalités les plus crues place toute sa réserve dans
l'expression de ses sentiments intimes et de ses intuitions fondamentales.
Tout se passe comme si ce créateur qui appartient à la famille des maîtres
qu'il admirait, les grands romanciers métaphysiciens (Tolstoï, Dostoïevski,
Graham Greene), faisait mentir son propre sang et se détournait à la
dernière minute de ses abîmes intérieurs... Son obsession de la quête
d'une vérité profonde voisine chez lui avec une peur panique : s'il allait
devenir fou, en s'aventurant trop loin dans l'exploration de l'homme ?
Voilà pourquoi Simenon avait décidé une fois pour toutes de ne pas
«s'habiter».
Cet essai audacieux sort des sentiers battus et tente de soulever le masque.
Il retrace un itinéraire secret, décrit les minutes éblouies et lumineuses
où Simenon se dépasse lui-même en effleurant un autre monde.