Chemins de fer

La cinquantaine séduisante, Florence dirige une agence de
communication. Sa vie s'organise entre Paris et un village de
montagne, où elle dispose d'une maison perdue.
Chaque week-end, elle s'y rend par le train. Attentive à
l'évolution de la SNCF - ses tarifs modulables, ses systèmes
aberrants de réservation, ses lignes secondaires en
décrépitude -, elle y voit le reflet des transformations de
l'époque.
Un soir de novembre, elle découvre un grand réverbère tout
neuf, planté à l'embranchement de son chemin. Elle déteste
aussitôt cet éclairage cru, qui marque l'irruption de la
«modernité» dans un paysage épargné. L'irrésistible appel
du progrès réjouit les villageois. Florence, elle, se désole.
Quelques semaines plus tard, trois rutilantes poubelles de
tri sélectif, installées au pied du réverbère, signent l'intrusion
de l'écologie bureaucratique dans la vie rurale. Attachée à
ses souvenirs bucoliques, prise dans les contradictions de sa
double vie, Florence sent que le monde lui échappe.