Carnets de guerre, 1914-1918 : un témoin lucide

Un témoignage de plus sur la Première Guerre mondiale, par ceux
qui l'ont vécue au jour le jour, alors que vient de disparaître le dernier
poilu ? Non, car celui-ci est unique en son genre : c'est la guerre vue
des bureaux de l'arrière, où l'on s'occupe du matériel et de la logistique
des mouvements de troupe ; ce qui laisse à l'auteur de ce reportage
quasi quotidien - tout au moins pendant trois ans, car la dernière
année se passe réellement au front - toute latitude pour observer les
faiblesses de l'organisation face à la formidable machinerie allemande,
les inepties, parfois criminelles, de la bureaucratie ; mais aussi le
comportement des appelés dans toute la diversité de ce gigantesque
brassage social, les sourdes inimitiés comme la camaraderie la plus
désintéressée, la couardise comme le courage. Beaucoup de temps
aussi pour lire les journaux quotidiennement, s'irriter du bourrage de
crâne, commenter la stratégie nationale et internationale.
Écrites au fil de la plume, sans presque aucune rature, par un de
ces fils de la III<sup>e</sup> République dont l'école permit à un jeune paysan
franc-comtois de devenir un intellectuel profondément patriote et
catholique engagé, très proche d'un Péguy, ces 900 pages frappent
aussi par la qualité de l'écriture, capable de passer d'une hilarante
scène de caserne aux réflexions les plus pénétrantes sur la nature du
conflit, aux visions d'avenir, à la méditation sur ses propres conflits
intérieurs.
Saignée, ruinée, la France de 1918 a perdu, par coupable impéritie,
la paix de Versailles ; 1940 et son «étrange défaite» trouve là une de
ses explications.