Ethnologie française, n° 4 (2009). Météo : du climat et des hommes

Comment sommes-nous passés d'un souci individuel de la météo, d'une
simple attention au temps qu'il fait localement, à l'idée, certes controversée,
mais globalement partagée, que des menaces, planétaires, pèsent sur notre
ciel ?
Serions-nous condamnés au régime de la peur entretenue par les médias,
le cinéma, dont les arguments catastrophistes prêtent à discussion et analyse ?
Pour l'ethnologue comme pour le géographe, le ciel se fait terrain. Depuis
que la météo a surgi dans le paysage audiovisuel des années 1970, notre temps
quotidien est exposé en pleine lumière.
Des bulletins télévisés aux avis de tempête, ici décryptés, le voilà devenu
une réalité déléguée, abstraite, mise en cartes, en chiffres et en graphiques.
Nos modestes, mais efficaces, cultures météo, individuelles et régionales
résistent cependant. Surtout, il demeure un rapport au ciel, localement
partagé, quoique tout personnel. Des bénévoles s'engagent en toutes régions,
comme guetteurs de pluie, fantassins du ciel, sentinelles des nuages pour le
compte de Météo France. Notre perception des météores, du vent, de la
neige ou du brouillard, continue à se nourrir de notre propre histoire, de
notre sensibilité et de tout un imaginaire collectif.
Climat prescrit, pourrait-on dire, versus climat vécu ? Non, car ces deux
modes d'expression, ces deux facettes d'un même souci du temps coexistent,
se cumulent sans pour autant s'exclure. Et, la formule de Pierre Sansot
est plus que jamais d'actualité : «Jamais la météorologie n'abolira l'art
d'interpréter les signes venus du ciel».