Les moutons noirs

Immigrant en 1919, lassés d'avoir faim sur une
terre ingrate du fin fond de l'Espagne, Juan et
Gregorio arrivent en France l'espoir au ventre ; ils
y remplacent dans les fermes les poilus morts
dans les tranchées et se retrouvent bientôt dans
la Somme à fouiller les champs à la recherche
des mines. Ils survivront.
Comme Juan, Grégorio, Maria, Jacky... héros de
cette saga familiale de l'immigration espagnole
sur trois générations, les pauvres et les migrants
sont des «moutons noirs» : le reste du troupeau
s'en méfie, les évite, les regarde de travers.
Parfois, quand les choses vont mal dans la contrée,
on les montre du doigt, ils deviennent coupables,
de tout et du reste. Alors on cherche à les expulser.
Pourtant, ces gens-là vivent. Leurs existences si
banales, paraît-il, méritent l'écriture. Ça bouge,
ça crie, ça pleure, ça sourit, ça rit, ça court après
quelque chose que jamais ils n'auront su nommer.
Le futur ? Ils ne l'ont jamais rencontré.
L'auteur, lui-même petit-fils d'immigrés de la faim,
reconstruit leurs ombres, franchit les barbelés du
passé, dénoue les fils entremêlés de mémoires
enfouies.
Ce roman, écrit avec une rage intense, tisse des
destinées minuscules, soudées à la misère et enfoncées
dans le malheur, comme le sont toujours
tant de vies dans ce vieux monde qui aurait bien
besoin d'un grand chambardement.