Contes du pays creusois : les veillées de chanvre

Défunt Pierre Mathivet était maître chanvreur dans la montagne
de Creuse. Son dur métier le portait de village en village où il passait
ses veillées à travailler le chanvre. C'était un grand et bel homme
qui contait des récits étranges où se croisaient les vivants et les
morts, les mentalités profondes du monde paysan et les traditions
ancestrales.
Tous les ans, il venait s'installer pour quelques jours chez
l'arrière-grand-mère de l'auteur, aux Bregères, où il avait le gîte et
le couvert, comme c'était la coutume autrefois pour ces travailleurs
ambulants ayant pour famille presque la Creuse entière. «Lorsqu'il
s'abattait aux Bregères, la tête bourrée d'histoires, on se serrait
autour de lui pour entendre ses récits», se souvient la petite fille que
j'étais.
De fait, Béatrice Simonet fut possédée dès son adolescence
par la passion de la collecte des mots de patois, des contes, des
légendes, des traditions paysannes, de la médecine populaire, et des
superstitions qui couraient le temps.
Le collectage des contes s'avéra le plus difficile, tant les
changements intervenus dans la vie rurale avait rompu la transmission
des traditions orales d'une génération à l'autre. Et seule, la
connaissance intime de son terroir permit à l'auteur de «recoudre»
des témoignages devenus parcellaires en raison de l'abandon des
longues veillées d'hiver qui avait rapidement appauvri la mémoire
collective.
L'authenticité des sources, la poésie des mots du terroir et
la peinture réaliste des moeurs paysannes convient le lecteur à un
voyage aux racines mêmes d'un pays creusois, sauvage et attachant
à la fois.
Comme avec Anatole le Braz en Bretagne, grand collecteur de
contes devant l'Ankou dans la «Légende de la mort», avec Béatrice
Simonet, on sillonne les chemins de la Creuse les nuits de pleine
lune où on frôle le vivants et les morts.