Bioéthique, avis de tempêtes : les nouveaux enjeux de la maîtrise du vivant

L'espèce humaine aborde aujourd'hui une étape décisive de son histoire. Après
avoir appris à domestiquer les règnes végétaux et animaux, nous commençons à
acquérir une maîtrise sans précédent du vivant humain. Quel usage souhaitons-nous
en faire ?
Les avancées considérables accomplies dans les champs de la génétique et de la
biologie de la reproduction soulèvent des questions, hier encore impensables.
Dans le même temps, des vents opposés se lèvent, des passions se déchaînent.
Certains redoutent la possible émergence d'une nouvelle forme d'eugénisme, non
plus imposée par un régime dictatorial mais acceptée et organisée par les sociétés
démocratiques. D'autres s'inquiétent de la résurgence des références religieuses à
propos des nouvelles questions soulevées par la science du vivant. Certains
s'interrogent sur la réalité des horizons thérapeutiques ouverts par la découverte
des cellules souches et sur l'usage qui peut ou non être fait de certains embryons
humains. De nombreux scientifiques et médecins ne comprennent pas les entraves
à la liberté de recherche imposées, en France, par les lois actuelles de bioéthique.
Notre époque ne permet plus que l'on se contente d'observer ou de décrire. Pour
dépasser les préjugés et les controverses stériles, nous devons tenter de faire
la part du possible et des fantasmes ; situer les conditions de l'acceptable et du
refus ; concilier la nécessaire liberté de la recherche et le respect de la dignité de
la personne. Parce qu'elles engagent l'ensemble de la collectivité humaine, ces
questions doivent dépasser le cercle des «experts» ; elles doivent, au plus vite,
être connues du plus grand nombre des citoyens pour permettre d'en débattre
sérieusement. Tel est le but de cet ouvrage.