La lettre et la mère : roman familial et écriture de la passion chez Suzanne Necker et Germaine de Staël

Cet essai interroge ce qui, dans le lien mère-fille et dans la représentation qu'en
donnent Suzanne Necker (1737-1794) et Germaine de Staël (1766-1817), dirige
et travaille leur pratique de l'écriture. Il envisage chez l'une et l'autre auteure
le lien ambivalent à la mère comme expérience fondatrice et structurante
de la passion, constitutive des motifs littéraires de la colère indomptable, de
l'amour contrarié et de la culpabilité mortifère. La lecture conjointe de leurs
oeuvres (essais, journaux, correspondances et, dans le cas de Germaine de Staël,
fictions théâtrales et romanesques) dévoile une relation orageuse, marquée par
la rivalité, la culpabilité, le remords, et dont l'expression apparaît indissociable
des bouleversements sociopolitiques contemporains : Révolution, Terreur
et Empire prêtent leurs emblèmes, tissant des réseaux analogiques entre les
économies familiale et politique. Donner la vie et mettre à mort sont ici les faces
antithétiques d'une même relation, par laquelle la lettre , tous genres confondus,
oscille indéfiniment entre l'aveu amoureux et la déclaration de guerre.