Nos belles années d'avant-guerre

Dans Nos belles années d'avant-guerre , on découvre une
écrivaine qui, prenant la nourriture pour métaphore,
écrit sur les myriades de faims et de satisfactions du coeur
humain.
M. F. K. Fisher raconte qu'elle a d'abord «goûté, puis eu
envie de goûter encore» l'écume rose ôtée de la confiture
de fraises de sa grand-mère, puis comment elle fit la
connaissance des huîtres crues à l'école pour jeunes filles
de Mrs Hutington, puis la première flambée de passion
de sa vie conjugale, et le déclin qui s'ensuivit, sa vie
d'étudiante à l'université de Dijon et enfin une grande
histoire d'amour conclue par la mort du bien-aimé. Sa prose
étincelante d'esprit nous comble en même temps qu'elle
dessine pour nous les formes d'un bonheur possible.
«Pourquoi écrivez-vous sur la nourriture, sur ce qui se
mange et sur ce qui se boit ? me demande-t-on. Pourquoi
ne vous intéressez-vous pas à la lutte pour le pouvoir et la
sécurité, ou bien à l'amour, comme tout le monde ?
«Ces questions, on me les pose sur un ton accusateur,
comme si j'étais coupable de Dieu sait quelle énormité,
comme si j'avais failli à l'honneur de mon métier.
«Le plus facile, c'est encore de répondre qu'à l'instar
de la plupart des êtres humains, j'ai faim. Mais ce n'est
pas tout. Il me semble, voyez-vous, que nos trois besoins
fondamentaux, le pain quotidien, la sécurité et l'amour,
sont si étroitement mêlés, enchevêtrés, imbriqués, qu'il
nous est impossible de penser clairement à l'un sans penser
aux autres. Donc, au fond, quand j'écris sur la faim,
j'écris aussi sur l'amour et sa fringale, sur la chaleur
humaine et l'amour qu'on lui porte, le besoin qu'on en
a... et puis sur la chaleur, la richesse, la superbe réalité de
la faim assouvie... et tout cela ne fait qu'un.»