La pensée politique des dévots Mathieu de Morgues et Michel de Marillac : une opposition au ministériat du cardinal de Richelieu

Comme tous les grands politiques le cardinal de Richelieu a
réussi non seulement à abattre ses opposants, mais aussi à rejeter
dans l'ombre leurs raisons et leurs arguments. C'est ainsi que
l'historiographie n'a retenu du garde des sceaux de Marillac que
son refus de la guerre européenne voulue par le célèbre cardinal
ministre ; elle a négligé le rôle de Marillac dans la centralisation
des institutions, elle a oublié ses lignes d'action et de pensée : la
pratique d'un étatisme catholique et l'idéal d'un catholicisme
d'Etat. Pareillement, l'oeuvre écrite de Mathieu de Morgues, talentueux
publiciste, engagé dans une critique passionnée et inlassable
des pouvoirs de Richelieu, a été victime du même effacement
des chroniques politiques du XVII<sup>e</sup> siècle. Cet essai non
conformiste veut redécouvrir les conceptions de deux auteurs
majeurs et méconnus, retrouver leur participation dans les
années 1620 au gouvernement du royaume, comprendre l'esquisse
inachevée d'un grand dessein alternatif qui a été étouffé
après 1630 du fait du soutien définitif de Louis XIII aux entreprises
hégémoniques de Richelieu. Il ne s'agit pas de réhabiliter
une cause perdue mais de reconnaître un puissant axe de pensée
de la politique de l'âge baroque.