Les poèmes de Ramesseviya

Les poèmes de Ramesseviya
L'oeuvre de Ramesseviya demeure encore inconnue à ce jour et
rien ne dit qu'elle ne restera pas dans les limbes de l'anonymat
comme tant d'autres. L'auteur disparut (sans qu'on sache où ni
comment) vers 1964, laissant en un certain désordre des poèmes
divers, retrouvés en vrac ici et là, dans des chemises de carton aux
couleurs passées, au fond de placards bouclés depuis longtemps
etc., poèmes dont il nous a semblé qu'ils pouvaient supporter le
jugement de lecteurs curieux et avertis, poèmes allant de la violence
la plus radicale à la tendresse la plus inattendue, de l'amour idéaliste à l'insolence la plus insupportable.
Toutefois il nous semble que l'essentiel ne réside pas tant dans le
ton, ou dans le style, ou bien encore dans la force des images, que
dans une approche décidément métaphysique, comme il se doit de
la part d'un authentique poète. Platon, Descartes, Kant, Heidegger
ont bien senti cette parenté entre poésie et philosophie, parce que
l'une et l'autre, manifestement, sont des soeurs siamoises absolument inopérables. L'oeuvre d'art nous transmet une réalité, la seule sans doute, inaccessible même par toute autre voie.
Si Ramesseviya ne sort point de l'ombre, il l'aura mérité. Tout
le monde ne peut revendiquer le génie d'un Mallarmé ou d'un
Apollinaire. Ses poèmes, comme le vol insignifiant d'un papillon,
volètent hasardeusement, prêts à être emportés par une brise un
peu plus vive. Mais après tout ?