Des jésuites

Rejetés dès le XVIIIe siècle de plusieurs pays d'Europe, y compris par
la hiérarchie papale romaine, et condamnés à la dissolution, les jésuites
semblent alors avoir disparu de la vie religieuse et surtout de la vie politique
française. Sous Napoléon et le Concordat, et même sous Charles X, ils
paraissent ne plus devoir jouer le rôle qu'ils jouaient auparavant. Sous la
monarchie de Juillet, qui ne reconnait aucune religion comme religion
d'État, ils réaparaissent et entreprennent la reconquête de leurs prérogatives
et de leur influence. Au nom de la «liberté de l'enseignement», ils tentent
d'empêcher les cours d'histoire que tiennent Jules Michelet et Edgar
Quinet au Collège de France, en perturbant les séances de façon parfois
très agitée. Au nom de la «liberté religieuse», ils mettent la main sur les
églises de campagne, sur les établissements d'enseignement.
Dans le climat politique fiévreux qui précède de quelques années la
Révolution de 1848, les républicains contre-attaquent. Les cours de
Michelet et d'Edgar Quinet au Collège de France sont largement relayés
par la presse. Ils fournissent ainsi les éléments historiques nécessaires à
tous ceux qui ne veulent pas voir revenir les jésuites dans l'enseignement,
dans l'Église de France, dans les missions à l'étranger, et de façon plus
générale dans la vie politique et sociale française.
C'est cette mémoire qui revit, ce sont ces cours que l'on trouvera ici.
Ils constituent un modèle de combat pour lutter avec les armes de
la vérité des faits et de l'histoire contre toute religion ou ordre religieux qui
tente peu à peu de dénaturer la République et ses valeurs en remportant
graduellement des positions dans la vie sociale et intellectuelle, profitant
de ce que Michelet et Quinet nomment le «sommeil de mort».
À ce point de vue, leur enseignement demeure d'une pleine et
brûlante actualité.