Guadeloupéens et Martiniquais au canal de Panama : histoire d'une émigration

A une quinzaine de miles, à l'est de Panamá-City, entre la ville et
la jungle, un tertre pelé comme une plaque de mauvaise gale : le
«Cimetière Antillais» de Paraíso, promu, depuis dix ans, monument
historique panaméen. Un semis de croix de fer y perpétue la mémoire
des Antillais, Martiniquais et Guadeloupéens, morts dans les travaux
de percement du Canal de Panamá.
Les 22 000 morts du «Canal Français» ajoutés aux milliers
d'autres du «Canal Américain», sont entrés au panthéon de Panamá.
Mais, pour leur pays, ils piétinent aux portes du souvenir.
L'histoire de France, en effet, n'a retenu de cet exploit technologique
que le nom de Ferdinand de Lesseps, le scandale financier qui a
secoué la société française et la réalisation finale américaine. Mais elle
en a ignoré les artisans qui, par dizaines de milliers, dès 1851, partirent
en vagues successives de Guadeloupe et de Martinique vers la voie
transocéanique à percer.
Valait-il la peine de la mettre ici en lumière, comme l'un de ces
«regards de peuples morts qui pour toujours éclairent» ? Sans doute,
car même si le destin de cette émigration devait être sans postérité pour
les Antilles françaises, elle resterait obstinément, aux yeux de
l'Histoire, comme l'une des pages les plus fières de la Caraïbe.