Réflexions nouvelles sur des questions juives : du singulier à l'universel

Le vocable «juif» renvoie à des représentations complexes, contradictoires,
ambivalentes que l'on peut tenter de clarifier et d'ordonner.
Il n'y a pas «une» mais «des» questions juives. Toutes renvoient à des «géographies»
et des «histoires» spécifiques et, depuis un peu plus de deux siècles,
à des citoyennetés nationales sans ambiguïté patriotique, distinctes de celle d'appartenance
au récent Etat d'Israël et ayant souvent fait les preuves de leur vivacité.
L'affrontement contemporain Israël/Palestine et sa médiatisation à outrance,
auxquels on voudrait réduire une condition , n'autorisent en rien la mise au rebut
d'une métaphysique essentielle et heuristique et de mélanger l'Histoire longue
avec le ressentiment. Le génocide des juifs d'Europe, son «instrumentalisation»
et son ressassement par les uns ou les autres, ne doivent pas non plus voiler l'essence
d'une représentation cohérente de l'homme et sa portée.
Au-delà des stéréotypes et des préventions, la problématique identitaire des
Juifs est à rechercher plutôt dans une destinée originale d'enracinement ou de
dispersion, l'assignation à un corpus textuel profond, accueillant en dépit des
apparences, jamais prosélyte et ouvrant à un spirituel marqué par une temporalité
ouverte.
Ni peuple, ni nation constituée ou Etat qui en épuiserait la réalité ou le
concept, pas même formée par des communautés d'un seul tenant, l'identité
juive est un discours de finitude pensée et d'espérance, tendant à l'universel par
une des langues du monde, avec en contrepoint l'horizon de l'infini.