Querelles cartésiennes

L'histoire de la pensée occidentale est jalonnée
de grandes «querelles», comme celle des universaux
ou celle des anciens et des modernes. Il était
inévitable qu'une grande philosophie comme celle
de Descartes donne lieu, du moment où elle a
commencé à être diffusée, à de vifs débats. C'est
à travers de tels débats, comme ceux qui, durant
la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, ont opposé en
France Gueroult et Alquié ou Foucault et Derrida,
que, à notre époque, elle reste vivante. En prenant
en considération certains aspects surprenants de
sa réception, on mesure à quel point une doctrine
comme celle de Descartes, qu'aucune entreprise
académique n'est parvenue à momifier, appelle
des engagements de pensée pratiqués au présent,
et répugne à une appréhension objective ou
prétendue telle, qui, en l'appréhendant à distance,
la relèguerait dans un passé révolu. L'oeuvre de
Descartes reste pour nous encore en grande part
une énigme, et ainsi elle constitue une invitation
ou une provocation à penser, en nous tenant à
l'écart des idées toutes faites : c'est par là, et non
par les certitudes acquises dont elle serait porteuse,
qu'elle se révèle incontournable pour qui s'intéresse
à la philosophie.